La session “Un patrimoine industriel à construire : l’aluminium dans l’architecture” réunit cinq interventions :
Florence Hachez-Leroy (Université d’Artois) Histoire et patrimoine de l’aluminium dans l’architecture : quels enjeux ?
Peu de travaux ont été consacré à l’histoire et à la présence de l’aluminium au sein des éléments patrimoniaux du bâti. Cette lacune constitue un obstacle à l’analyse et à la sauvegarde des patrimoines concernés, monuments historiques ou simples demeures comportant. Or, l’aluminium a offert de nouvelles possibilités aux architectes, grâce à ses caractéristiques mécaniques et chimiques très particulières. Présenté comme le métal de la modernité dans l’entre-deux-guerres, de la performance dans le second XXe siècle, l’aluminium s’inscrit aujourd’hui dans le discours vertueux du développement durable et de l’économie circulaire. Cette histoire s’inscrit à la croisée de l’histoire des sciences métallurgiques et des techniques, de l’histoire de l’art et de l’architecture et de la chimie.
Loup Calosci (École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette et Université Paris I-Panthéon Sorbonne) et Thierry Renaux (Centre de recherches historiques, UMR 8558 EHESS/CNRS) La constitution d’un corpus de sources bâti et sa méthodologie
Le projet ANR ARCHIPAL “Aluminium, architecture & patrimoine XXe-XXIe s.”, a parmi ses objectifs de dresser un inventaire de la présence et de l’état de conservation de ce matériau dans le patrimoine bâti de la France.
Les auteurs de la communication, un architecte et un historien des techniques, proposent de croiser leurs approches, leurs méthodes et leurs sources pour élaborer un corpus réunissant des édifices dans lesquels l’aluminium est employé. La constitution de ce corpus, dont un des desseins est de devenir un outil de compréhension de l’“aluminium-matériau de construction”, est en soi un enjeu patrimonial. En effet, ce corpus se veut être une approche du patrimoine de l’aluminium dans l’architecture et de l’architecture en aluminium. Au-delà de la méthodologie, des premiers résultats seront présentés et permettront d’interroger le travail réalisé.
Ceila Cardoso (Faculdade de Arquitetura du Universidade Federal da Bahia) Factory of Architecture and Industrial Heritage: a Discussion on the Adaptive Reuse of Prefabricated School Buildings by Joao Filgueiras Lima in Bahia
This article presents some possible strategies for the adaptive reuse of buildings remaining from the high-quality industrialized and prefabricated architecture designed and built by João Filgueiras Lima, Brazilian architect also known as Lelé, with the main objective of recharging industrial heritage and fighting for its sustainable development and better future. It aims to demonstrate how Lelé’s prefabricated architecture was thought and built to meet diversity, specificities and transformations over the decades since its creation, and also to affirm its legacy today, when many of the school buildings that he conceived and produced were demolished, despite their importance as a modern and industrial heritage in Bahia and Brazil. After the constructions works of the capital Brasilia with Oscar Niemeyer in the 1960s, when in Abadiânia, a small town in the Brazil’s countryside of Goiás, in the early 1980s, Lelé carried out the experience of designing a factory of prefabricated elements to build schools and bridges using modern and innovative production techniques, a modular dimension system and a collection of lightweight elements fabricated with reinforced mortar and with the only help of some local citizens who had never worked as builders before. This first experience with what Lelé called “Transitory Schools” is important to demonstrate how this streamlined, precise, sophisticated and efficient system and components can be used as example of industrialized and didactic construction, with easy replacement of damaged parts as well as facilitate future adaptations to respond to functional changes, with special attention to the need for good quality architecture at low cost, in a situation where it was crucial to make it possible. Following the experience in Abadiânia, Lelé built the School Factory in Rio de Janeiro and later, in Salvador, created the FAEC (Factory of Architecture and Community Equipment), which included several building programs and produced works of infrastructure and urban equipment for the city, in addition to building more than 40 two-story schools using more complex elements and facing problems such as: difficult access and topography, high population density and small plots in poor neighborhoods. The high performance and good quality of these buildings are still seen today. With the difficulty of adequate maintenance faced by many changes in the municipal administration over decades, in recent years many of these prefabricated schools have been demolished leaving some samples that are still able to be used adaptively. Two of of those reminiscent buildings are the Germano Tabacof Pavilion, at the School of Fine Arts, and the Iansã Module, at the Faculty of Architecture, both buildings on the campus of the Federal University of Bahia – UFBA. These buildings are a legacy of industrialization, prefabrication and modern architecture production in Bahia, and recent proposals for their adaptive reuse were developed by teams of architects, engineers, students and professors at the Faculty of Architecture at UFBA. It will be a pleasure to present and discuss these projects, facing the difficulties and advantages of designing with prefabricated industrial heritage.
Loup Calosci (École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette et Université Paris I-Panthéon Sorbonne) Les matériaux sous l’architecture : une exploration textométrique du cas de l’aluminium dans la revue Architectural Records (1891-2010)
L’architecture est souvent conçue comme un art consistant à dessiner, sous une forme relativement abstraite (significativement nommée “projet”) des structures destinées à abriter les activités humaines. Toutefois, les créations architecturales sont étroitement dépendantes des matériaux sous-jacents ; d’un côté, les matériaux disponibles contraignent subrepticement l’espace des possibles ; de l’autre, l’introduction de nouveaux matériaux permet au contraire d’explorer de nouvelles directions.
Nous souhaitons entreprendre une exploration systématique, sur longue durée, de ces relations étroites entre architecture et matériaux. Pour ce faire, nous proposons de nous centrer sur le cas de l’aluminium, un métal apparu tardivement dans le domaine de l’architecture et porteur de potentialité multiples, qu’elles soient décoratives ou structurelles. Nous envisagerons la façon dont l’aluminium a été introduit dans le bâtiment à partir de la revue Architectural Records. Cette revue a l’avantage d’être une revue généraliste majeure du domaine, publiée de façon continue depuis 1891 (avec quelques très rares lacunes). Nous avons numérisé l’intégralité de la revue et nous avons soumis le corpus textuel correspondant à une analyse textométrique grâce aux logiciels open source TXM et Iramuteq (soit plus de 357 millions de caractères, ou environ 110 000 pages A4 rédigées en interligne 1,5). Notre enquête entend ainsi montrer l’intérêt du recours aux humanités digitales pour certaines recherches historiques portant sur des archives massives impossibles à traiter de façon exhaustive par les méthodes classiques d’analyse de contenu.
Dans une première partie, nous présentons la revue, la méthodologie retenue, et une vision d’ensemble de l’évolution sur longue période de l’emploi des matériaux dans le bâtiment. Cette première approche permet de “remettre l’aluminium à sa place”, à savoir celle d’un métal d’apparition tardive qui a peu à peu conquis l’architecture, même s’il reste loin derrière ses principaux concurrents, à commencer par le bois. Dans une seconde partie, nous essayons de comprendre les raisons de cette place modeste de l’aluminium, mais aussi de cerner ses emplois privilégiés. Pour ce faire, nous traçons la façon dont l’aluminium a été associé à divers emplois, comme la décoration, les fenêtres, les charpentes, mais aussi à différents types de bâtiments (maisons, gratte-ciels, préfabriqués). Nous portons aussi une attention particulière à la combinaison de l’aluminium et d’autres matériaux, qui accompagne et favorise paradoxalement les avancées du métal léger plus que la compétition frontale avec ses concurrents. Enfin, dans une dernière partie, nous nous intéressons aux emplois les plus récents de l’aluminium et à son rôle dans les défis contemporains de l’architecture, notamment autour des questions de développement durable, de recyclage ou d’isolation. Au final, cette enquête permet de saisir de façon systématique la manière dont les matériaux travaillent l’architecture, et réciproquement, parfois à l’insu des promoteurs des uns et de l’autre.
Nathalie Postic (Institut pour l’histoire de l’aluminium) Des images pour préserver : les fonds iconographiques de l’Institut pour l’histoire de l’aluminium dans le domaine de l’architecture et du patrimoine bâti
Créé en 1986 afin d’encourager la connaissance de l’histoire et du patrimoine de l’aluminium, l’IHA est avant tout un centre de ressources accueillant des chercheurs en sciences humaines et sociales, en architecture, en économie ainsi que des professionnels du monde économique et culturel ou des acteurs de la conservation-restauration. À côté des collections d’objets, des archives, des périodiques, des documents techniques, l’Institut a recueilli au fil des années des fonds iconographiques riches et divers sur les applications – et leur évolution – de l’aluminium dans le bâtiment. Ces fonds sont d’un intérêt patrimonial majeur notamment pour les historiens de l’industrie ou de l’architecture et pour tous ceux qui cherchent à retracer la diffusion de l’aluminium dans le bâti, les techniques, les procédés, les acteurs… En même temps, ces images fournissent des traces qui peuvent alimenter les travaux des professionnels de la préservation – et de la valorisation – du patrimoine industriel et architectural ainsi que ceux qui s’inscrivent dans des projets de réutilisation de ce patrimoine.
Au cours de cette session, Nathalie Postic propose de faire une mise en perspective des ressources iconographiques de l’IHA liées au patrimoine bâti, tout en s’interrogeant sur les enjeux d’une organisation de ces ressources et des connaissances, des pratiques à mettre en œuvre pour mieux seconder les actions de préservation et de valorisation patrimoniales.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Florence Hachez-Leroy (2 août 2022). “Un patrimoine industriel à construire : l’aluminium dans l’architecture”, TICCIH 2022, les résumés. ARCHIPAL Architecture, aluminium et patrimoine. Consulté le 13 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/bee4